Vivre à la campagne : 10 réflexions de citadins que je ne supporte plus !

Qui aurait cru que je serai passée d’une métropole futuriste, démente et énergivore au calme d’un hameau d’une centaine d’âmes (à peine) sans passer par la case départ ? Pas moi ! Dans le processus, je suis passée, des clichés sur les Antilles, aux clichés sur le Moyen-Orient en passant par ceux sur la banlieue, mais j’étais loin d’imaginer que ceux  sur la campane mettraient plus ou moins tout le monde d’accord. Si j’ai choisi en couverture Charles Ingalls et sa famille c’est parce que c’est la façon dont m’imaginent la plupart des gens depuis que j’ai déménagé à la campagne. J’habite toujours l’Ile-de-France, à la limite du département de la Seine-et-Marne (77) avec celui de l’Aube (10), mais j’ai l’impression de vivre dans la diagonale du vide, la France profonde comme on dit. D’ailleurs, je n’ai jamais compris cette expression : profonde ça mesure quoi exactement ? A écouter certains citadins, il semblerait que ce soit à quel point tes bottes s’enfoncent dans la bouse. Parce qu’à la campagne tout le monde (et c’est péremptoire quand tu les écoutes) a des vaches, vit en face d’un champ, regarde le 13H de Jean-Pierre Pernault, mange des légumes bizarres, est murgé à 9 : 00 du matin et parle avec l’accent picard (sauf si tu es à Marseille ou dans le Sud-Ouest). Après six mois de vie néo-rurale, j’ai entendu beaucoup d’avis (que je n’ai pas toujours demandé), admiratifs, inquiets (pour la socialisation des enfants que je n’ai pas encore), sceptiques, moqueurs. Voici un florilège des dix phrases qui (ne sont pas toutes fausses, débiles ou déplacées) mais que clairement je n’en peux plus d’entendre !

1- C’est loin !

Loin de ? En fait c’est très proche de Provins, c’est collé à Sourdun, Richebourg et de tout un tas de petits hameaux comme Maison-Rouge-en Brie. Je sais que mon interlocuteur veut dire que c’est loin de Paris, ou de son centre névralgique ; même s’il n’est allé à Paris que deux fois l’an passé, ou qu’on ne s’est pas vus depuis cinq ans. En creusant un peu, la plupart des gens trouvent que j’habite loin ne peuvent pas situer mon village sur une carte et trouvent donc que c’est loin par principe. Quand ils comprennent que c’est à une heure de la Bastille, il y a comme un soulagement (des fois que je sois en retard à la prochaine Révolution). Autre chose étrange, lorsque je vivais aux Émirats personne ne m’a jamais fait cette réflexion !  

2- Pourquoi ?

Pourquoi pas ? Pour beaucoup de gens, l’éloignement de la ville est dû à un facteur économique lorsqu’ils accèdent à la propriété donc très logiquement beaucoup de personnes imaginent que plus tu t’éloignes de Paris, plus tu es fauchée et que par conséquent tu subis la situation. Il est certain que les prix sont une composante non négligeable mais pas que ! Merci à ceux qui m’ont proposé une chambre, merci à ma mamie de se demander si je suis végétarienne à cause de ma situation financière mais on peut aussi vivre à la campagne (d’ailleurs ici on dit « en campagne ») comme mon conjoint et moi l’avons décidé sans que ce soit pour une raison autre que par… envie. Étonnant non ? 

 3- Les travaux sont pas encore finis ?! 

Une rénovation d’une maison du XIXème siècle qui n’avait ni électricité aux normes, ni fondations, ça prend du temps. Et surtout ça coûte de l’argent, beaucoup d’argent sans compter tous les imprévus techniques, humains, météorologiques... Ca nécessite de sacrifier beaucoup de weekends, de décliner pas mal d’invitations, de voir moins ses prochesÇa mais c’est un choix qu’il faut assumer. N’étant pas dans un programme de télé-réalité, la rénovation ne se comptera pas en semaines ni en mois mais plutôt en années. Et je vous assure, si un jour je considère que c’est fini je le ferai savoir à la terre entière. #libéréedélivrée

4- Tu dois être la seule “re-noi” là-bas ! 

C’est vrai que lorsque je rentre chez moi le soir, je suis triste de ne pas pouvoir partager un plat d’accras avec mes voisins en écoutant Kassav’ à fond. Après “les Noirs ne savent pas skier et les Noirs ne savent pas nager”, vient le cliché, (merci Kamini), qu’il n y a pas de Noirs vivant à la campagne. En fait la question soulevée est  : « Est-ce qu’il y a du racisme là où tu vis ? ».  Du racisme, il y en a partout où il existe des êtres humains et heureusement (ou pas) on vit dans un pays où les gens canalisent en grande majorité ce genre de sentiments donc je n’en sais rien. Il me semble par contre qu’étant plus isolée et mon espace de vie moins policé, je vois moins le racisme structurel, mais une chose est sure, une concentration de racisés n’a jamais empêché ou réglé les problème du racisme où que l’on soit ! Vivre en campagne ne signifie pas vivre en communauté, j’habite une maison individuelle comme mes voisins, et nos rapports sont aussi courtois et limités que ceux que j’avais avec mes voisins de palier à Créteil. S’il fallait ajouter l’exception pour confirmer la règle, il y a huit maisons habitées dans ma rue, dont trois sont occupées par des familles d’origine antillaise, une par une famille d’origine portugaise, et une d’origine guadeloupéo-togolaise… La France quoi ! 

5- Tu me ramènes du fromage / des pommes de terre / un bouquet de ton jardin ? 

J’ai fait le choix d’essayer (je dis bien essayer) d’avoir un potager, qui respecte des saisons (non je n’ai pas de fraises au jardin, l’hiver), et quelques poules (parce que c’est fun), pour autant, le fait de vivre à la campagne ne m’a pas transformée en éleveuse de chèvres ou en agricultrice. Je ne fais pas mes pâtes, mon miel moi-même et je n’ai pas tricoté le pull que je porte. Et non, il n y a pas que des petits producteurs hyper bons et impliqués vivant le terroir, autour de moi. Ce qui amène souvent la réflexion suivante…

6- Vous mangez tout bio alors ! (Variante : tu dois te ressourcer à fond, tu dois hyper bien dormir…)

On peut vivre à la campagne et manger de la m*****, la preuve à 4km de chez moi existe l’unique indicateur civilisationnel mondial : le McDonald’s. Je suis toujours insomniaque, j’ai amené mon anxiété avec moi et la qualité de l’eau du robinet laisse clairement à désirer. La nourriture est souvent un questionnement parce que Just Eat n’est pas une option. On a perdu toutes nos habitudes alimentaires. Je n’ai plus MON italien qui faisait une super bonne burrata, MON jap’, MON indien donc il faut mettre la main à la pâte, adapter les recettes avec ce qu’on trouve et surtout sans ce qu’on ne trouve pas et anticiper parce que les horaires des commerçants sont moins flexibles. Mais je crois que je mange moins sain et moins bio qu’en ville. Pas de paniers producteurs par exemple, car la livraison est indisponible et contre toute attente je trouve le rayon primeur de mon supermarché nettement moins achalandé (moins de surface commerciale).

 7- T’es toujours là-bas ? / Tu vis toujours à la campagne ? 

Je ne suis pas partie en « désintox », c’est pas une cure wifi-free. J’habite là, oui toute l’année et à priori, un déménagement n’est pas prévu dans l’immédiat. Quand on quitte la ville pour la campagne, on a l’impression d’être des illuminés, des hippies, de retourner à l’âge de pierre. Ce n’est pas une utopie, encore une fois je ne vis pas en communauté, je n’ai pas de toilettes sèches, nous avons adopté un mode de vie un peu différent qui nous plait et nous nous sommes organisés autour. Si demain, on devait/ voulait retourner en ville ce ne serait pas parce que c’était une connerie mais parce qu’on en a envie. Oui je sais, c’est assez audacieux de suivre ses envies.

8- T’es hyper écolo toi ! 

En ville, j’étais traitée de bobo (bien que je ne suis pas sure de ce que ça signifie) à cause de mon mode de vie mais clairement j’arrivais plus à faire attention qu’aujourd’hui. J’avais éradiqué le plastique, limité nos déchets et pour le moment je n’arrivepas à reproduire nos habitudes urbaines. La superficie de notre habitat a augmenté sensiblement et logiquement, nous comblons le vide. Les travaux créent beaucoup de pollution et de déchets que nous n’avons pas toujours les moyens financiers et humains d’éviter. Nous n’avons pas encore pris nos marques avec tous les commerçants de la région, résultat, nous avons diminué le vrac, le marché, les circuits-courts. Nous devons prendre la voiture pour tous nos déplacements, et commandons beaucoup plus en ligne ce qui génère beaucoup (trop) d’emballages. Nous avions un lombricomposteur dans notre appartement alors que nous n’avons toujours pas installé celui de notre jardin… A cela s’ajoute l’idée reçue qu’à la campagne l’air est pur et que les oiseaux chantent, parfois c’est vrai… Parfois aussi, les oiseaux, les papillons, les abeilles et les coccinelles ont déserté parce que tu réalises que tu vis (contrairement à la ville) à côté de deux centrales nucléaires et qu’il y a des cultures traitées massivement aux pesticides dans les champs aux alentours… Comme quoi… 

9- Tu ne t’ennuies pas ? 

Personnellement ce mot ne fait pas partie de mon vocabulaire, j’ai toujours été plutôt casanière donc la question me parait saugrenue. M’ennuyer chez moi ? Comment ? Il y a néanmoins un cliché qui n’en est pas un dans mon cas, c’est la couverture Internet nullissime. Encore une fois, on s’adapte plutôt que de devenir hystérique. J’ai recommencé à lire, nous n’avons pas accès aux chaines de TV donc je choisis les programmes que je veux vraiment voir (replay, YouTube) et pas ceux sur lesquels je zappe. Mais 99 % du temps j’oscille entre les réseaux sociaux et Netflix comme tous ceux qui me posent la question. 

10- Je sais pas comment tu fais / Moi je ne pourrais jamais !!

Ben en fait ça tombe bien tu n’es pas moi et ça tombe encore mieux je ne fais pas de prosélytisme rural !