Frantz Fanon, damné de la terre bordelaise

Je ne savais pas qu’il était question de baptiser une rue bordelaise du nom de Frantz Fanon. Je dois dire que sur le principe, j’aurais trouvé ça plutôt dichotomique et assez peu inspiré. Alors, quand la polémique suscitée par le communiqué d'Alain Juppé, maire de Bordeaux, expliquant les motivations du refus (temporaire) a éclaté je ne m’en suis pas offusquée, au contraire. Pire, une phrase à laquelle j’ai acquiescé machinalement a retenu mon attention : "La dénomination des voies de notre commune doit être l'occasion de rendre hommage à des personnalités qui incarnent des valeurs partagées".

Je trouve l’argument très pertinent, mieux, valable. Il n y a en effet, aucune valeur commune entre la pensée nécéssairement radicale, décoloniale et désaliénante de Fanon et la ville ayant érigé batiments, richesses et "grandeur" sur deux siècles de déportations, de charniers et de vénalité crasse.

Le déni de Fanon : le garder dans (ce qu'il appelait) la zone de non-être est "normal" tant que ce "pays" se regardera et son passé avec, au travers d'un prisme suprémaciste et insouciant. Sa seule façon de continuer à nier sa création, SA "bête immonde" qu'est le colonialisme c'est de se renier lui même, et de se positionner en martyr.

Je ne crois pas que la "faveur" qu'aurait fait Bordeaux de "donner" une RUELLE à Frantz Fanon, alors que ses institutions n'ont ni le préquel de leur Histoire, ni le balbutiement de compréhension de la pensée fanonienne et de conscience des strates de son identité, ait un sens. 

Lorsque ce pays sera prêt à guérir de ses maux en suivant l'ordonnance de Frantz Fanon alors, nous parlerons de débaptiser les boulevards meurtriers racistes et sanglants pour lui faire SA place. Pas avant,

Streetart de Vinci Vince photographié à Villeneuve-Saint-Georges (France).