Marie, couche toi (et accouche) là!

A qui appartient le corps des femmes ? Sujet intarissable, sauf pour les femmes. Aujourd’hui à J+7 de la Journée internationale des droits des femmes ce sont certains professionnels de gynécologie et maïeutique qui viennent nous dire que le mot « violence » n’est pas approprié. Que c'est un mythe, au pire une fatalité. Que les douleurs subies, ressenties, vécues sont exagérées. Que de toute façon… un accouchement ça fait mal, que nous infantiliser c’est pour notre bien, que nous ne savons rien. Rien de notre corps…

Pourquoi est-ce si difficile pour les gynécologues et sages-femmes d’entendre et d’appliquer ce que réclament de plus en plus de femmes ? A savoir stopper les violences verbales (les remarques sexistes, les commentaires sur notre sexualité, sur notre poids, les jugements sur notre mode de vie, et le fameux « ça ne fait pas mal c'est juste un coton tige / un doigt»…) 

Stopper les violences physiques : persister à pratiquer des actes (reconnus) barbares lorsqu’ils ne sont pas nécessaires. L’OMS prône un retour aux pratiques des années 50 : moins de césariennes et perfusions d'ocytocine (qui on le sait augmentent la douleur des contractions et favorise les hémorragies) moins d'interventions médicales inutiles et moins d'épisiotomies. Après 30 ans d’épisiotomies quasi-systématiques on sait désormais que cela ne protège ni le périnée ni la tête du bébé, doit-on continuer de les pratiquer et les recoudre à vif? Des études conduites prouvent que ne plus pousser durant l’accouchement, ne plus tirer le bébé par les épaules au moment de l’expulsion abaisse le nombre de déchirures sévères. Pourquoi nous dire que l’expression abdominale n’existe plus lorsque chaque année des femmes en France disent l’avoir subie ? Toutes ces études et recommandations vont dans le sens des femmes, dans le sens de ce que disent leurs voix et ce qu’expriment le corps. Il n’est pas question d’accuser le personnel soignant qui croit œuvrer pour le mieux, mais nous devons sortir de cette toute-puissance médicale pour enfin laisser le corps des femmes exprimer leur pouvoir et leur potentiel. Dans un moment aussi intense et intime que l’accouchement il est insupportable d’être infantilisée, discréditée, déconsidérée quasiment comme un bien meuble avec pour seul argument un chantage affectif sur la santé de son enfant. Tous ces traumatismes affectent les femmes, leur sexualité future, leur confiance mais aussi la relation parent-enfant.

Peut-on enfin accepter qu’il faut ouvrir un débat sur la naissance, qu’il faut réformer la formation des gynécologues, des sages-femmes ? Peut-on mettre de la bienveillance au cœur du système pour accueillir ces nouveaux êtres? Peut on relire Frédéric Leboyer, Michel Ondent ? Peut-on envisager des naissances moins médicalisées pour celles qui le souhaitent sans que les mères ne soient culpabilisées ou traitées d’hippies ? Peut-on laisser aux femmes la liberté de se mouvoir, de s’exprimer ? Peut-on laisser à leur corps la capacité d’enfanter avec l’aide et le soutien du personnel médical et leur donner un rôle actif et non plus passif? Peut-on informer les femmes, les consulter, les concerter et enfin se concentrer sur leurs forces et leurs capacités et non pas toujours leurs faiblesses ?

A qui appartient le corps des femmes ? Aux femmes. A qui appartiennent leur accouchement ? A la mère et à l’enfant, l’autre grand oublié de ces violences.