Chimen Lanmou

- Si seulement ironisa-t-elle, 

Il prit un air plus sombre tout en se tournant vers la mer. Il fit quelques pas vers le rivage. Le cliquetis des vagues devint soudainement aussi assourdissant que son cœur qui tambourinait contre sa poitrine. Elle savait de son côté qu'elle était allée trop loin. Que l'issue de cette nuit serait nocive, et peut etre fatale à l’un d’entre eux. Elle s'avançait vers lui quand P. fit brusquement volte-face et prit un air narquois. 

- Tu sais toujours tout n'est-ce pas? Pourquoi encore poser des questions si…

Elle l’interrompit : 

- Ce n'est pas Y. que tu as épousé c'est ta solitude! Même lors de vos mondanités tu ne peux t’empêcher de la rejoindre. Tu la laisses constamment caresser ta douleur, parce qu'elle réveille tes démons. Puis tu tentes de les anesthésier à coup de tafia bon marché, d'effluves d'amours volubiles et... Ca te plait de les voir errer librement, qu'ils contrôlent tes choix ? 

-Non ça me plait d’errer dans mes ténèbres. 
- Manti’aw ! Sé limyè ou ka chèché. Celle de la lune ou celle du soleil. Mais toujours la lumière. 
(…)
-Ki jan sa yé ? 
-Ki sa? 
-De m’aimer. De me vouloir. De m’en vouloir. 
-C'est comme retrouver ce que j’avais perdu et le reperdre de nouveau tout en sachant que…
-Saki la pou vou rivyè pa ka chayé’y.

La lune était pleine, si brillante qu’elle pouvait voir son visage comme en plein jour. Pourtant elle ne vit pas ses yeux embués, pas plus qu’il ne vit ses lèvres trembler. Encore une fois, leurs doigts mécaniquement se déshabillèrent. Leurs paumes repassèrent et, agrippèrent une chaire trop défendue que, religieusement, ils réapprenaient par cœur sans cesse.

Ils s’enfoncèrent passionnément dans cet abysse glacial jusqu’a ce que leurs va-et-vient dirigent les ondulations des lames. Parce que c’est toujours ainsi qu’ils retournaient l’un à l’autre; Par vagues.

Chimen Lanmou - extrait de roman