En #2017, j'ai kiffé

2017 c’était : rester dans ma zone de confort. Encore et toujours Raoul Peck et son désir de faire parler les voix opprimés, beaucoup de documentaires sur le centenaire de la révolution d’octobre 17, et sur la Shoah. Côté musique : de la nouvelle scène française et de la néo-soul (encore et toujours ! ) en pagaille. Plus de festivals que de concerts et une part de mon temps non négligeable allouée aux podcasts.

Stranger Things - SERIE. Le jeune Karl Marx, I am not your negro - CINEMA. La disparition de Josef Mengele, Avant que les ombres s’effacent - LIBRAIRIE. La femme idéale, Daniel Lévi, ISON, Rythmes & Botaniques - MUSIQUE.  Jamila Woods, Masego - CONCERT. Le Chant des Colibris - CONFERENCE.

STRANGER THINGS S2- SERIE : Je suis une cible facile, je suis nostalgique de nature même si je ne fais pas partie de ceux qui pensent que c’était mieux avant (sauf pour Brel, le jazz, le RnB, la soul des années 60, le zouk, le hip-hop et même le rap…) comme visiblement les frères Duffer qui, de l’écriture à la réalisation ne cessent les références aux décennies 80/90 (costumes, accessoires, coiffures jusqu’à la caméra  et l’icône des 90s, qu’on croyait cinématographiquement morte et enterrée, Winona Ryder !) Le cliffhanger de la fin de la première saison me faisait un peu douter de mon intérêt pour la deuxième mais j’ai enchainé les neuf épisodes d’une traite. C’est improbable, ce n’est ni profond, ni sérieux c’est du pure divertissement… Bêêêêêê

LE JEUNE KARL MARX - CINÉMA :  Tout le monde sait que je suis une fan inconditionnelle de Raoul Peck et cette année 2017 a été riche pour lui. Si I am not your negro été plus médiatisé, j’ai eu un vrai coup de cœur pour Le jeune Karl Marx : un biopic intelligent qui au lieu de raconter l’histoire d’une vie, raconte les débuts (1844-1848) de la pensée marxienne, le passage de l’humanisme au communisme révolutionnaire, de la pensée à l’action, de l’individuel au collectif. Si l’émulation de Marx est nourrie par la fougue d’Engels, le scénario met en avant un trio et laisse à Jenny (la compagne de Marx) la maxime du combat « Il n y a pas de bonheur sans révolte » et c’est encore vrai !

Le jeune Karl Marx de Raoul Peck  - DVD

ET AUSSI… - CINEMA : Pentagon Papers, Que Dios nos perdone, Three Billboards, le remake du Crime de l'Orient-Express, Visages Villages, 120 battements par minute  & Moonlight. Non je n’ai pas oublié La La Land.

 AKAA (Also Know As Africa) - EXPO :  La deuxième édition de la foire d'art contemporain et de design centrée sur l'Afrique est toujours aussi foisonnante et ambitieuse. La section design est plus enrichie qu’en 2016, les pays représentés et ateliers plus nombreux encore. A l’honneur cette année Lady Skollie, une artiste sud-africaine, féministe et militante. Prometteur !

Chaque année en oct / nov au Carreau du temple. Renseignements ici.

LA DISPARTION DE JOSEF MENGELE d’Olivier Guez - LIVRE : L’enquête d’Olivier Guez est tellement fouillée que j’ai fini par oublier qu’elle est romancée. Le médecin eugéniste d’Auschwitz a vécu agréablement dans l'Argentine de Perón et de ses successeurs, mais ne sera après la capture d'Eichmann, qu'un un rat traqué, sans remords, sans regrets, mort avant d’être rattrapé par la justice. Prix Renaudot amplement mérité.

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AVANT QUE LES OMBRES S’EFFACENT de Louis-Philippe Dalembert - LIVRE : Si parfois la littérature haïtienne me défie avec un langage poétique mais quelque peu… alambiqué (Roumain, Depestre, Franketienne pour ne citer qu’eux) le style de l’écrivain est presque léger et concis. Un ton qu’il est peu coutume de trouver sur la Shoah. Les souvenirs de Ruben Schwarzberg, médecin haïtien d'origine polonaise sont des fragments d’Histoire dont je n’avais jamais entendu parler : par exemple qu’un décret-loi pris par l'Etat Haïtien dès 1939 autorisait ses consulats à délivrer passeports et sauf-conduits à tous les Juifs qui en formuleraient la demande, ce qui sauva la vie de nombreux Juifs ou encore que le 12 décembre 1941, Haïti déclarait la guerre au Troisième Reich. Décidément ce pays a l’humanisme et l’émancipation des peuples opprimés tatoué dans son ADN. A diffuser largement !

PIERRE RABHI - CONFERENCE : Je suppose qu’il n’est plus besoin de présenter Pierre Rabhi l’agroécologiste reconverti en activiste, essayiste, conférencier... A peu de choses près, le discours est rôdé depuis quelques années déjà. Répétitif diront certains, moi je dirais nécessaire. Son message plein de bon sens doit être martelé tant que cette société individualiste et consumériste sera en guerre contre le vivant. Une phrase m’a marquée plus que les autres : “On voit s’ériger des générations d’enfants qui faute d’un éveil à la vie ne sont réduits à n’être que des consommateurs insatiables, blasés et tristes…” J’étais déjà convaincue par la sobriété heureuse, j’ai été très émue de voir Pierre Rabhi faire sa part.

BEN-MAZUE

LA FEMME IDEALE de Ben Mazué - MUSIQUE / CONCERT : Enfin il chante, il lui aura fallu deux albums pour semble-t-il avoir pleinement confiance et se lancer. C’est mélancolique, poétique, toujours avec ce phrasé hérité du slam, et des textes (comme toujours) sublimes : on y parle de soi, de ses parents, de son couple, enfin, d’amours au pluriel. L’album est clairement inspiré par les femmes, par sa femme. Il est d’une justesse rare sur le couple, Dix ans de nous, il est question de temps qui passe, des angoisses qui surviennent lorsqu’on n’est pas habitué au bonheur, La mer est calme… On retrouve comme sur 33 ans, l’album précédent, le côté solaire du talentueux Guillaume Poncelet qui illumine de ses instrus la face lunaire de Ben Mazué. (D’ailleurs ce duo signait pour Gael Faye en 2013, l’une des plus belles déclarations d’amour rappée Ma femme). Mon coup de coeur est J’arrive, hymne conquérant et profond de cet univers introspectif mais universel. Pour l’avoir également vu en live @Flow, le moins qu’on puisse dire, pour ne pas spoiler la tournée, c’est que sa démarche artistique est complète jusque dans cette pochette d’album dont la photo (signée Martin Lagardère) est hypnotique.

 

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DANIEL LEVI de Daniel Lévi - MUSIQUE : C’est comme un reflexe pavlovien : si tu dis Daniel Lévi, les gens se mettent à chanter ‘L’envie d’aimer’, à te parler d’Aladin ou de sa confession. Pourtant il y a tant d’autres choses bien plus importantes à dire sur cet auteur, pianiste, compositeur, producteur, et formidable interprète comme la qualité de son timbre par exemple, la beauté de son vibrato, sa tessiture. On parle toujours de ses vingt-cinq ans de carrière sans dire que sa voix n’a pas pris une ride bien au contraire et que sa technique est impressionnante. L’album a été en préparation pendant longtemps et en l’écoutant on comprend les influences diverses qui l’habitent bien plus variées que ce que je croyais. Cet opus éponyme est pour moi comme un nouveau souffle : les mélodies sont magnifiques, les textes pleins d’espoir et de poésie, et sa voix, j’en reviens encore à sa voix, toujours sa voix, sublime qui me prend chaque fois aux tripes. C’est travaillé, musical et surtout authentique. L’album d’un homme qui n’a jamais essayé de changer ou de se déguiser pour plaire à une industrie bien trop cynique. Il m a accompagné pendant une période plus que difficile. Mon coup de coeur 2017 et au delà !

ISON de Sevdaliza - MUSIQUE : J’ai commencé à suivre cette hollandaise d’origine iranienne en 2015. Je suis tout de suite tombée amoureuse de sa musique entre ténèbres électroniques et R&B expérimental, post dubstep et trip-hop, fondus sur des harmonies classiques et musiques orientales. J’ai toujours été fan du mélange des genres, en revanche, son esthétisme mystique très poussé (notamment dans le clip Human où elle apparait en centaure me rappelle de vieux contes créoles d’enfance) me laissait parfois perplexe entre fascination et apeurement. En tout cas, elle ose, se démarque, va au bout de sa démarche artistique et ça fait du bien ! La réalisation est soignée, sa voix a quelque chose de viscéral, d’envoutant : c’est un mélange de chaos et de paix intérieur comme le chant d’une sirène ou plutôt de Shahmeran, créature hybride de la mythologie perse à laquelle on ne peut pas résister.

RYTHMES & BOTANIQUE de Gaël Faye - MUSIQUE : Comme pour rappeler que son talent d’écriture s’exprime sous plusieurs formes, comme pour revenir à ses premières amours, le hip-hop, en pleine promo de Petit Pays, il a lâché un EP. On prend la meme équipe (DJ Blanka et Guillaume Poncelet) et on recommence différemment. Pili pili sur un croissant au beurre est un de mes classiques mais Rythmes et Botanique est une claque consciente et actuelle pour se rappeler que le rap francophone a encore des choses à dire. Gaël Faye c’est cet artiste qui met tout le monde d’accord, qui déclame Minerai noir de Depestre, qui parle du génocide rwandais et de la Françafrique, qui a raflé un Goncourt et une Victoire de la Musique sans haine, ni violence. Gaël Faye c’est surtout pour moi le mec qui a écrit cette pépite de l’album qu’est Irruption et dont le texte est une merveille bourrée de références : On veut même pas de soleil et des éclipses pour faire l'amour / Pour que l'instant soit bref, intense comme un fruit qu'on savoure / Aux armes miraculeuses on a lu Césaire et Prévert / On viendra vous faire la guerre avec la parole poudrière / On n'désigne plus l'ennemi, parce qu'il est partout même en nous / On va mourir debout parce qu'on a vécu à genoux / On est sourds aux slogans élimés par trop de manifs / On devient arrogants on veut rimer comme des canifs” Le rap n’est pas mort, vive le roi !

Jamila Woods @ Badaboum - CONCERT : Sa soul habitée ne se dément pas live. Minimaliste, engagée, capable de citer Gwendolyn Brooks (première Afro-Américaine titulaire d'un prix Pulitzer) dans un interlude La poétesse afrofem a défendu son premier opus HEAVN, intersectionnel et politique. De la propagande sirupeuse :)

Masego @ Badaboum - CONCERT : Depuis avril et sa prestation dans Colors, Navajo a été ma chanson la plus écoutée cet été et ça continue. Le petit prodige, chanteur, saxophoniste et compositeur, mélangeant jazz, electro, soul et trap a mis le feu au Badaboum. A suivre absolument.