Awa Ly au Flow

Depuis que j’ai découvert son album, «Five and a feather» au printemps dernier, je suis fan. Fan, de sa voix, sa beauté, ses mains, ses textes... Bien que je doive reconnaitre qu’à la première écoute, j’ai trouvé le tout un tantinet... propret. Très, voire trop sage… J’avais ce texte qui tournait en boucle dans ma tête depuis quelques mois sans réussir à le mettre en forme et grâce au titre "Here", elle est devenue une muse. Rien de moins, non ! Toute cette poésie de mots et d’images m'ont fait penser qu'au-delà de l’artistique il y avait une humanité dans son art qui me touchait profondément. Ce titre est devenu obsessionnel jusqu'à ce que je finisse d'écrire Odyssées mortelles, un texte important pour moi.

Alors, j'ai oublié l’écoute passive du début et je me suis replongée (frénétiquement) dans l’album. Puis l'EP précédent, et celui d'avant. Et j'ai entendu Awa. Ce 23 novembre, elle était en concert au Flow, alors ni une, ni deux mais troisième rangée à gauche, j’ai pris place à côté d’une dame (qui visage fermé) n’a pas daigné répondre à mes deux « Bonsoir » euphoriques. Et c’était…

Musical mais pas que...

Je m’attendais à ce que ce soit bien (parfois en live on a aussi des mauvaises surprises) mais pas à ce point. J’ai adoré les arrangements (surprenants parfois), son interprétation laissant transparaitre son talent, sa voix chaleureuse et l’émotion qu’elle met dedans, autant que sa personnalité et le sens profond des textes. Le show était subtilement travaillé: on s’en rend compte à la première  seconde. Lorsqu’elle entonne "Storyteller", (également l’introduction de l’album), drapée dans un châle pailleté, elle joue à cache-cache avec un jeu de lumières splendide, calqué sur les « cut » de la musique. Mais ce qui m'a le plus frappée c'était la cohésion du groupe. Les musiciens qui se regardaient sans cesse et la rythmique en écho à la voix percussive d’Awa. J’ai dû partir en transe plusieurs fois tant j’étais happée par toutes ces impulsions.

Authentique...

Il y a longtemps que je n'avais pas vu une artiste aussi pure...spontanée... Le mot que je cherche, je crois que c'est vraie. Vraie au point de dire que ça ne va pas. Vraie au point de dire qu'on n’a pas toujours envie de chanter quand on vient de perdre un être cher. Vraie au point de descendre de son piédestal pour saluer (quasiment) une à une toutes les personnes du public.

Inclassable...

Quand elle confie que « You will be mine », lui a été offerte par Slow Joe, mon cerveau ralentit “ostensiblement”. Slow Joe, le crooner indien ? Mais you will be mine est une rumba congolaise, j’en suis sure. D’ailleurs, c’est confirmé par le solo d’Israël Nobour (le batteur). Attends, est-ce qu’elle fait des pas de Mbalax sur du rock ? Est-ce qu’elle éclate de rire en plein milieu d’une chanson ?  Est-ce qu’elle a dit Moussa ? Est-ce qu’elle vient de lâcher ses cheveux au sens premier du terme ? Blues, jazz, rock, soul, en italien, en français, en anglais, et en wolof, elle est tout terrain. Elle nous reçoit dans son univers avec beaucoup de finesse et d'élégance mais en même temps avec  spontanéité et chaleur. Sans filtre, avec peut être cette fameuse teranga sénégalaise qui te met à l'aise, comme à la maison. Elle cumule les paradoxes, impossible de la caser où que ce soit et c’est tant mieux. Awa Ly fait du Awa Ly et sa musicalité s’exprime sur tous les rythmes, toutes les sonorités, toutes les cultures et influences qui font partie de sa vie

Energétique…

En partant ma voisine m’a fait un grand sourire à la limite de l’accolade et je me suis dit intérieurement: "normal, elle a envoûté l'assistance". Awa Ly c’est une prêtresse qui chasse les mauvaises ondes, vous fait vivre des transes et réaligne les chakras. Ses rituels exorcisent grâce à une plume qui assène humanité brute entre deux vibratos. Lors du rappel, l'assistance chante avec elle à pleins poumons dans une espèce de communion extatique. Un partage d'énergie palpable. 

Si je devais retenir un moment, ce serait celui où elle évoque sa tante partie quelques jours plus tôt, Slow Joe et tant d'autres qui nous ont quittés en 2016. Une vague d'émotion semble la submerger et nous avec. Elle se ressaisit immédiatement et conclut avec conviction en disant: “J’aime la vie”. Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit. La vie. La définition du chiffre 5 en ésotérisme. La vie, avec son socle indéboulonnable qu’est l’amour, sous toutes ses formes: le déçu, l’amical, le désir, le voluptueux, le je-t’aime trop tard, l’espoir. Et surtout l’universalité de l’amour, comme dans la chanson "Here" devenue un projet génial où des artistes de différents pays et/cultures viennent, grâce à un couplet dans leurs langues respectives, apporter leur soutien et témoigner de cet exil que nous pourrions tous connaitre: "expatriés ou réfugiés". 

Sensible, spontanée, spirituelle et Humaine, Awa Ly ça ne se raconte pas, ça ne s’explique pas, ça s’écoute, ça s'entend, ça s’imprègne, ça s’apprécie mais avant tout ça se vit. Par exemple, le 24 janvier 2017 à l'Alhambra à Paris. Vous me remercierez plus tard.